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samedi 22 novembre 2008

Deux PS ?

Je me demande franchement comment on va faire pour éviter une scission au PS. Martine Aubry, en l'état actuel du débat, pourrait rapidement devenir premier secrétaire. Les partisans de Ségolène Royal semblent bien déterminés à ne pas se laisser faire, ce qui signifie en clair qu'ils vont agir en justice. La justice va prendre un peu de temps pour trancher, évidemment. Un temps pendant lequel Martine Aubry aura du bien à tenir le PS, avec un score aussi serré et une décision de justice pendante...

Reste la possibilité de la scission, qui me paraît aujourd'hui très sérieuse, bien plus qu'il y a quelques jours. Cela fait des mois que les journalites nous bassinnent avec les divisions du PS mais sans raison objective : les Verts vivent très bien avec des divisions infiniment plus grandes. Mais lorsqu'on arrive à une situation où seules 42 voix (sur environ 180.000 adhérents) séparent les deux candidates, on peut penser que les mécanismes de légitimation démocratique trouvent leurs limites. Alors si, demain, Ségolène Royal dit qu'elle en marre de ce vieux parti avec ses fraudes électorales massives et propose de créer un nouveau parti de gauche, il y a des chances qu'un grand nombre de gens qui croyaient jusqu'alors à l'unité du PS la suivent.

Ce scrutin, paradoxalement, et son dénouement, légitiment largement l'idée de Ségolène Royal d'avoir un vaste parti de sympathisants. Les petites magouilles entre amis ne seraient plus vraiment possibles avec un parti à 800.000 adhérents, des gens sincèrement attachés à la démocratie, y compris interne.

Cela me renforce aussi dans l'idée pour laquelle je plaidais : le parti doit avoir des "organisateurs internes", chargés d'organiser les scrutins qui désignent les candidats aux élections politiques et les lignes politiques. Les sympathisants, choisis le plus largement possible, débattent et votent.

vendredi 21 novembre 2008

Que reste-t-il de Delanoë ?

On peut s'interroger. Il était présenté, il y a encore quelques semaines comme le probable prochain leader du PS, personnalité charismatique, maire populaire, etc. Le relatif échec de sa motion l'a conduit à ne pas se présenter au poste de premier secrétaire. Il a du appeler à voter pour Martine Aubry, sans pourtant être suivi par plusieurs personnalités importantes qui s'étaient associées à lui.

Les résultats, encore provisoire, du vote d'hier soir au PS, tendant à montrer que son appel à voter pour Martine Aubry n'a été que partiellement suivi. Il semblerait, à première vue, que plusieurs de ses partisans aient voté pour Ségolène Royal et que d'autres aient préféré l'abstention. En clair, il ne "maîtrise" pas ses troupes. Certes, personne n'est propriétaire de ses voix en démocratie mais le vrai leader est celui qui a suffisament d'influence pour amener ceux qui croient en lui à se ralier à ses choix, même difficiles et délicats.

Il y a encore quelques jours, j'écrivais que Bertrand Delanoë aurait sans doute une place au soleil à côté de Martine Aubry. Je me suis manifestement et lourdement trompé. Si Martine Aubry l'emporte, ce soir, ce sera sans doute aussi grâce à l'apport de voix venues du camp de Delanoë, mais de façon limitée. Benoît Hamon, en revanche, réalise une belle opération. Delanoë apparaît ainsi comme le grand perdant du jeu du PS : le premier qui se retire a perdu. Une guerre des nerfs éprouvante.

Dans l'ensemble, faut-il s'en plaindre ? Pour Delanoë, sans doute. Pour le PS, non. Ces débats internes, très disputés et très cafouilleux, ont une grande vertu : ils opèrent un mécanisme de sélection naturelle. Ces débats, s'ils s'étaient déroulés en 2011, auraient discrédité le PS pour les présidentielles de 2012. Aujourd'hui, ils vont simplement conduire à éliminer quelques candidats qui ne sont pas à la hauteur. Ceux qui restent vivant en sortent renforcés, selon le principe ô combien Nietzchéen : ce qui ne me tue pas me renforce.

mardi 18 novembre 2008

Martine Aubry à la conquête du PS

Le PS, encore et toujours... Qu'en penses tu, Saba ? Il y a une grosse semaine, on glosait sur la victoire, surprise, de Ségolène Royal. Je suis toujours sidéré par l'incapacité des journalistes à accepter que dans une structure démocratique (que ce soit la nation ou un parti), les électeurs n'expriment pas "un" message mais qu'il peut résulter, du vote, une multiplicité de positions. Ségolène Royal ne représente que 29% des membres du PS, ce qui fait beaucoup mais pas une majorité. La même Ségolène Royal dénonce tantôt un manquement "au sens du code de l'honneur", tantôt un "front anti-royal". La belle affaire... dans un scrutin, en règle générale, quand on est en tête sans être majoritaire, il y a de fortes chances que le second et le troisième cherche à s'allier pour repasser en pôle position.

Ce qui est assez inquiétant, dans la posture de Ségolène Royal, c'est que c'est son seul argument : "personne ne m'aime". Sans vouloir esquisser une tentative d'explication psychanalytique, on peut quand même regretter qu'il n'y ait pas d'autre argument. Si Bertrand Delanoë préfère soutenir Martine Aubry que Ségolène Royal, alors qu'on peut penser qu'il déteste cordialement l'une comme l'autre, il y a sans doute des raisons. Peut-être sont-ce des raisons de pure tactique électorale ou de fond, ou les deux. Mais il y a des raisons que Ségolène Royal gagnerait à creuser si, un jour, elle veut gagner une élection. Parce que si tout le monde à gauche soutient le tout-sauf-Ségolène, c'est peut-être qu'il manque encore quelques atouts à Mme Royal.

Aujourd'hui, Martine Aubry a pris une sérieuse option sur le PS. On n'en connaît pas encore le prix ni les conséquences. Il faut noter que Martine Aubry avait entamé de sérieuses discussions avec Benoît Hamon et Bertrand Delanoë et qu'il est tout à fait probable qu'elle aura une majorité au sein du PS pour diriger le parti, si elle est élue. Qu'en fera-t-elle exactement ?

lundi 17 novembre 2008

Comment s'engager avec le parti socialiste ? (2)

Je commence ce billet en apprenant, par Le Monde, que Bertrand Delanoë aurait finalement appelé à voter en faveur de Martine Aubry, comme premier secrétaire. Cela montre que l'attitude de Martine Aubry a payé. Mais, à bien y réfléchir, est-ce qu'être le "perdant" du congrès de Reims est si grave que ça ? Tout dépendra du rôle et du leadership du prochain premier secrétaire. Si Ségolène Royal l'emporte finalement, elle risque d'avoir une faible assise électorale, ce qui laissera à Bertrand Delanoë de l'espace au sein du PS. Si Martine Aubry l'emporte, Delanoë sera malgré tout un allié nécessaire et il peut espérer des responsabilités importantes, voire, pourquoi pas, déborder Martine Aubry lors du choix du candidat aux présidentielles. Bref, rien n'est perdu. Pour personne d'ailleurs.

Il reste la question que je voulais aborder en écrivant ce long billet en plusieurs temps : que doit être le PS ? Le débat entre "parti de militants" et "parti de supporters" me paraît tout à fait pertinent, encore qu'imprécis. J'ai eu l'expérience, Saba, de ses organisations plutôt à gauche, où l'on se glorifiait d'être des "militants". Le militant, c'est vraiment une figure identitaire forte à gauche. Le militant se lève tôt le dimanche matin pour tracter sur le marché. Il va coller des affiches. Il va aux réunions de section. Grâce à lui, le monde connaîtra des lendemains qui chantent. Le militant est l'héritier d'une longue tradition, parfois familiale. Le grand-père du militant a fait la guerre d'Espagne. Le père du militant a porté des valises en Algérie. La mère du militant a manifesté, toute petite, avec sa grand-mère, pour avoir le droit de vote, puis, plus grande, pour avoir celui d'avorter. Le militant aime bien passer de longs moments avec les autres militants, à parler de ce monde meilleur dont ils rêvent tous et qui, c'est certain, passe par un bras de fer avec ceux qui détiennent le pouvoir, la richesse, les moyens de production. Voilà un peu la gauche d'hier.

Ne crachons pas trop sur elle. Elle a su se donner comme chef quelqu'un qui était manifestement très différent d'elle, François Mitterand. Elle a su, gentiment, laisser des énarques prendre le contrôle du parti socialiste et permettre ainsi au PS d'arriver au pouvoir et aux dits énarques de devenir premiers ministres, ministres ou secrétaires d'Etat. Ils ont un peu "changé la vie", même si ce n'est pas le Pérou.

Mais force est de constater que ces militants ne sont plus tellement en phase avec la société. Ces militants, d'ailleurs, sont probablement peu nombreux au PS même. Mais ce sont les gardiens du temple. Il me semble qu'il est temps de penser à une nouvelle forme d'organisation, sinon de la gauche, au moins du PS.

Un parti de gauche moderne devrait avoir plusieurs rôle :
  • faire remonter les informations. Chaque section devrait pouvoir relayer les difficultés que rencontre les habitants de son quartier, auprès du maire, du conseiller général ou régional mais aussi rue de Solférino, où ces informations, digérées et recadrées, peuvent permettre de comprendre les attentes des électeurs et d'y répondre par des propositions concrètes. Changer le monde, demain, c'est bien mais déjà essayer d'améliorer celui-ci, c'est déjà pas mal et pour cela, le PS gagnerait à éviter de s'appuyer exclusivement sur l'administration et les experts.
  • faire descendre les informations. La section devrait être un lieu de formation et d'information. Lorsque le PS est au gouvernement, la section devrait être le lieu de discussion des mesures proposées ou adoptées. Lorsqu'elle est dans l'opposition, elle devrait être au contraire le lieu où sont analysées et critiquées les mesures du gouvernement. Cela devrait s'accompagner d'une vraie formation, sur le fonctionnement de nos institutions, de notre économie, de notre justice, de notre police... Le PS gagnerait à être un lieu où le citoyen peut s'informer et se former pour comprendre le monde contemporain.
  • tester les idées. Sans doute de nombreuses idées peuvent venir aussi bien des "adhérents de base" que des experts. Mais tester les idées dans les sections ou les fédérations est certainement nécessaire.
  • aller au contact, des associations de gauche sans doute, mais aussi et surtout du reste de la société, pour redonner envie de parler de politique. Cela suppose sans doute de sortir des méthodes traditionnelles comme la séance de tract sur le marché dominical et d'aller vers d'autres formes de communication, essentiellement électroniques d'abord. A quand des réunions tupperware ?
Il me semble que le parti démocrate a construit une bonne partie de sa réussite en dissociant justement les fonctions électorales et les fonctions programmatiques. Le parti ne devrait pas avoir de programme mais simplement servir de base électorale à des hommes qui, eux, ont un programme. Que les soutiers du PS soient là pour faire tourner la baraque, pour organiser les débats, récolter les cotisations et nettoyer les salles à la fin, et que les sympathisants eux, aient la possibilité de choisir, de s'exprimer et de faire, en définitive, par le choix de leurs candidats, le choix de la société vers laquelle ils désirent aller.

dimanche 16 novembre 2008

Comment s'engager avec le parti socialiste ? (1)

Jusqu'à présent, dans le maelström des candidats au poste de premier secrétaire du parti socialiste, je soutenais plutôt Delanoë. Benoît Hamon est trop à gauche pour moi. Ségolène Royal me paraît trop inconsistante, difficile à cerner, à la fois capable de tenir un discours très moralisateur, trop christianisant ("aimez vous les uns les autres") mais aussi très à gauche (elle a condamné la social-démocratie qui aurait, en gros, renoncé à faire la Révolution - je caricature un peu). Avec, en plus, l'impression qu'elle renonce à avoir des idées pour gagner des électeurs. Quant à Martine Aubry, que j'aime plutôt malgré son côté bougon et son caractère de cochon, j'étais un peu désolé de la voir s'acoquiner avec tout le monde, et, en dernier lieu, avec les Fabusiens, alors que pour moi, l'engagement pro-européen est tout à fait fondamental. Delanoë avait la chance d'avoir quelqu'un que je respecte plutôt, Pierre Moscovici.

Résultat des courses : faute d'avoir pu s'allier, Delanoë et Aubry vont sans doute être relegués. Pourtant, ils étaient sans doute les plus proches, en terme d'idées, et les plus complémentaires (homme/femme, Paris/province, ENA / pas ENA, etc.). L'un comme l'autre apparaissent comme plutôt européens (même si, encore une fois, l'alliance avec les Fabusiens...), et peuvent se targuer de beaux succès (électoraux au moins !) dans leur mandat municipal. Ils sont également proches, manifestement, dans leur conception du rôle du PS et de son organisation. On verra bien ce que les adhérents du PS décideront jeudi (ou vendredi, si deuxième tour) mais tout le monde pronostique une large victoire de Ségolène Royal (rien ne m'apparaît si sur). Tous les deux étaient aussi capables de sortir le PS de sa problématique locale / nationale, qu'Olivier Duhamel exprimait durement sur France Culture vendredi matin : les élus locaux du PS font tout pour ne pas gagner d'élections nationales, car être au gouvernement, c'est avoir l'assurance qu'on va perdre les élections locales ! (je sais que BigBlogger partage largement cette analyse).

Bref, je regrettais que cette union Delanoë - Aubry n'ait pas eu lieu. Et puis, j'ai commencé à lire un peu plus ce qu'ils disaient. Les journalistes ont suivi assez largement le Congrès de Reims et j'ai pu avoir quelques idées, vaguement plus précises qu'avant. Et en fait, je finis par me demander, si à tout prendre, je ne préfererai pas Ségolène Royal...

La suite dans un prochain billet.